Paravent au Musée National de Tokyo

Lors d’une visite du Musée National de Tokyo, je me suis attardé devant un grand paravent représentant un paysage peint à l’encre, marqué du sceau de Shuho, daté de l’époque Muromachi au 16e siècle.

Voici les deux faces du paravent présentées côte à côte au Musée, avec une mise à plat des panneaux pour mieux apprécier la composition. 

(Afin d’accéder jusqu’au grain du papier, la résolution est très élevée, les images peuvent être longues à charger en cliquant dessus.)

Le texte de description du Musée indique: “La composition ondulante et dynamique ainsi que les figures humaines penchées en avant ressemblent au style de Sesson (16e siècle). Sept scènes du thème chinois “Huit scènes de Xiao et Xiang” sont dans cette peinture.”

Xiao et Xiang sont deux rivières de la région de Changsha (Hunan), sujet prisé pendant la dynastie Song (960-1279). Une liste moderne des huit scènes est: La pluie la nuit sur la rivière Xiao, Le retour des oies sauvages, Le gong du soir au temple Qingliang, Le temple dans la montagne, La neige le soir, Le village de pêche à la lueur du soir, La Lune en automne sur le lac Dongting, Le retour du voilier.

Le coup de pinceau vif pour esquisser la crête des montagnes donne ce mouvement dynamique et emporte le spectateur. Il contraste avec les aplats grisés qui donnent la masse de la montagne. L’échelle est donnée par les arbres et les constructions.

Bambous sous la pluie…

« Les bambous, sous la pluie, sont penchés ; comment pourrait-il en être autrement ? Les bambous dans le beau temps, les caractères jen  s’y placent l’un à côté de l’autre. »

Extrait de la traduction française par Raphaël Petrucci du traité de Wang Gai “Les enseignements de la Peinture du Jardin grand comme un grain de moutarde”.

Cet épais traité encyclopédique détaille les techniques de peinture d’un grand nombre de sujets (arbres, rocs, paysages, végétaux, personnages, etc.). J’en tire ici une planche parmi d’autres sur la feuille de bambou, toutes inspirantes, accompagnée d’une page de l’entraînement soutenu à la réalisation de ces modèles, sur un papier d’exercice.

La magie de la couleur

L’usage d’encres colorées permet de faire chatoyer le sumi-e.

Ici, le chrysanthème a des pétales jaune d’or rehaussés d’une trace de carmin, les feuilles sont vert-jaune avec une pointe de noir et un soupçon de carmin. Les détails des feuilles et de la tige sont noirs. Chaque mélange de couleurs se fait progressivement par touches infimes.

Les couleurs employées doivent trancher avec la page blanche, sans toutefois agresser. Elles évoquent les teintes naturelles, pour faciliter l’identification immédiate du sujet, mais conservent une force d’évocation poétique en proposant une perception subjective.

Tremper l’extrémité du pinceau dans une couleur secondaire du mélange permet un dégradé cohérent le long du trait.

Atelier du 12 mars 2017 à la Gendronnière

J’ai eu la joie d’organiser et de diriger un atelier de découverte du sumi-e pour neuf personnes, le 12 mars 2017, au temple zen de la Gendronnière près de Blois. Cet atelier s’inscrit dans les rencontres régulières de l’Amicale des anciens élèves de la formation d’enseignants du Collège National de Yoga.

Des participants ont pu s’initier à zazen et le pratiquer avec les moines.

L’atelier s’est déroulé en deux parties, le matin présentation du sumi-e et pratique sur la canne de bambou, l’après-midi pratique sur les nœuds, les brindilles et les feuilles de bambou, et enfin composition d’un bambou complet puis exécution sur papier de riz pour certains.

Poésie du suibokuba (paysages à l’encre de Chine) au MNAAG

Je vous invite à visiter le Musée National des Arts Asiatiques Guimet pour l’ensemble de ses collections, et en particulier la (petite) partie Suibokuba de la section Japon.

On y lit une notice sur l’histoire du suibokuba et une indication des principaux modèles chinois.

Voici deux œuvres qui m’ont touché et qui illustrent mon propos sur la poésie du sumi-e. Copyright MNAAG.

Bienvenue !

Bienvenue sur l’Encre Poétique, qui partage avec vous des moments le long de mon cheminement dans la pratique du sumi-e, l’art japonais de la peinture à l’encre de Chine.

Ce chemin est fait de belles rencontres, de joie profonde à travailler avec les outils traditionnels (l’encre, les pinceaux, le papier de riz) qui se révèlent étonnamment vivants, d’émerveillement poétique devant les compositions les plus simples.

Bonne lecture.

Alain Keigyô Plaignaud